Quelques qualités à développer pour bien travailler son piano

S’il est vrai que le professeur est censé vous apprendre à travailler, chacun peut développer sa méthode propre en fonction de son rythme, de ses objectifs et du temps qu’il peut consacrer à l’instrument.

J’aimerais juste développer ici quelques réflexions sur ces « qualités » qui, à mon sens, doivent être développées pour rendre votre travail plus efficace.

La sérénité : sans doute le plus dur à atteindre. Il y a un équilibre à trouver avant même de poser ses doigts sur le clavier. Compter sur le piano pour se détendre ne résoudra pas le problème de fond. Il faut cultiver son calme intérieur pour pouvoir le transmettre à travers l’instrument.

Le stress est sans doute la première chose qui se voit et s’entend quand on joue du piano. C’est un poison quotidien contre lequel on peut lutter, chacun sa méthode. Essayez simplement de vous détendre avant d’aller au piano : respiration, étirements, sport…etc. Votre séance de travail en sera d’autant plus productive.

La concentration : le piano mobilise toutes vos facultés, quelles soient physiques, intellectuelles ou spirituelles. C’est éreintant, peut-être, mais ça a l’avantage de vous propulser dans un autre monde, un monde merveilleux fait d’harmonie, de douces mélodies (ou d’affreux accords). Peut-être faut-il songer à couper vos portables lorsque vous travaillez, à vous isoler si vous le pouvez, mais surtout à ne pas vous laisser « dériver ». On a très vite fait de penser à autre chose, de se démobiliser. Imposez-vous un minimum de discipline pour ne pas décrocher. La concentration, c’est comme le reste, ça se travaille. Surtout, vous réaliserez à quel point une meilleure concentration produit très rapidement des résultats. C’est donc beaucoup plus gratifiant.

Le courage : oui, je suis convaincue qu’il faut être courageux pour travailler un morceau de piano. Votre partition est forcément truffée d’obstacles. Qu’allez-vous faire? Les contourner jusqu’au dernier moment, celui où votre lassitude rejoindra celle du professeur? Allez-vous les travailler à moitié pour que « ça passe » ou prendrez-vous finalement votre courage à deux mains pour travailler chaque difficulté et la résoudre? Si le prof choisit un morceau avec vous, c’est qu’il pense que vous triompherez de ses obstacles (à moins d’être totalement inconscient). Evidemment, vous ne le jouerez peut-être pas comme Lang Lang (et c’est tant mieux lol), mais vous pourrez proposer une belle version d’amateur. Ne contournez pas les difficultés. Décortiquez-les une par une, quitte à y passer la semaine s’il le faut. En faisant cela, vous gagnerez un temps précieux.

Le sens du détail : plutôt que de jouer de grands passages (même si c’est nécessaire pour avoir une vision d’ensemble), il faut aller dans les moindres détails de votre partition. Observez-la, apprenez-la par coeur si vous le pouvez, il faut pouvoir travailler chaque note s’il le faut. Eh oui, on est à la note près quand on est exigeant. Vous serez plus efficace car une fois la bonne position de la main trouvée, le bon geste mis en place, le son travaillé, la mémoire se construit et votre travail laisse des traces. Il faudra peut-être encore repasser une couche dessus mais les fondations auront été posées et cela vous demandera beaucoup moins de temps pour « ré-actualiser » un passage.

L’empathie avec le texte musical : je veux parler de la sphère émotionnelle, du sens musical qui doit être constamment présent. On perd beaucoup de temps quand on répète de manière mécanique. Pourquoi dissocier le phrasé, l’interprétation de l’aspect plus technique? La question est souvent soulevée avec mes élèves qui me disent à chaque fois : « je ne maîtrise pas assez le passage pour l’interpréter ». Je crois que c’est une erreur. On peut faire des fausses notes en mettant déjà « quelque chose derrière le texte ». Ce sera boiteux, esquissé, tout ce que vous voulez, mais je ne vois pas pourquoi il faudrait attendre avant de faire de la musique. C’est une connexion à trouver avec le texte et avec soi-même, une véritable écoute à instaurer. Car si vous écoutez vraiment, pensez-vous vous satisfaire d’une interprétation mécanique, même en jouant trois notes?

Renoncer à la perfection : cela peut paraître étrange, mais s’il peut être utile de tendre vers la perfection en travaillant, je crois qu’il est tout aussi important de savoir y renoncer. Parce qu’en y renonçant (après un travail acharné, bien sûr), vous laisserez cet espace de lâcher-prise se créer, espace qui rendra votre jeu d’autant plus parfait en réalité. La boucle est bouclée lol. Pour cela, il faut connaître son rythme, ses limites, savoir s’arrêter quand c’est nécessaire, comprendre qu’un jour vous n’êtes pas assez en forme pour jouer un passage et qu’il vaut mieux le remettre au lendemain. De cette connaissance de soi, découle le plaisir car on ne s’impose plus d’y arriver à tout prix. On se donne le temps d’y arriver, c’est tout.

Il y en a sûrement bien d’autres. A vous de compléter!

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