Quelques hantises de pianistes adultes (et leurs remèdes)

Vous croyiez que vos angoisses pianistiques n’appartenaient qu’à vous? Eh bien non. En voici quelques-unes, communément partagées. Heureusement, je vous propose pour chacune d’elles des remèdes qui ont fait leurs preuves. Parole de scout.

1. Tomber sur un professeur acariâtre : si ça vous arrive, c’est pas de bol, mais en même temps, ils sont si nombreux, vous n’y êtes pour rien (ou presque)…osez changer de professeur. Remèdes : quelques excuses bidons à fournir :

  • Je me suis cassé le bras : prévoir un plâtre (avec des petits coeurs écrits dessus) et surtout à la main gauche (car aucun répertoire pour la main droite seule n’a été écrit à ce jour, contrairement à la main gauche. Il ne faudrait pas que votre prof vous propose de travailler le concerto de Ravel en attendant).
  • Je pars à l’étranger : parfait aussi, évitez juste de traîner dans le même quartier que votre prof histoire de ne pas le croiser la mine pâle, l’oeil abattu (comme bon nombre de parisiens).
  • Je n’ai plus les moyens : risqué car le prof pourrait vous proposer une ristourne qu’il sera bien délicat de décliner.
  • Je n’ai plus le temps : très moyen, on sait tous que c’est faux, mais au moins, ce ne sera pas un odieux mensonge impardonnable.

2. Jouer une fausse note : c’est vrai que c’est grave, très grave. Vous avez ripé sur le fa dièse, raté un accord, vous vous êtes vautrés. Entre-temps, vous avez trépigné d’impatience, vous vous êtes insulté tout seul (pratique pour le prof), vous vous êtes même flagellé (pour les masos). Remèdes :

  • Ecouter les enregistrements de Cortot.
  • La pendaison, un moyen sûr et efficace.
  • Les boules quies.
  • Des mains bioniques qui jouent toutes seules (et mécaniquement, bien sûr).

3. Arriver en retard à un cours : personnellement, du moment qu’on me prévient, je m’en contrefiche, mais visiblement, ça en traumatise plus d’un. Remèdes :

  • Acheter une montre
  • Ne pas prendre le RER A
  • Ne pas se faire une manucure avant le cours.
  • Ne pas s’arrêter au monoprix avant le cours.

4. Le solfège (et surtout la clef de fa) : avant de savoir lire, vous avez appris les consonnes, les voyelles. C’était il y a longtemps, certes. Vous avez donc oublié que cela vous a demandé patience, efforts, temps. Pourquoi en serait-il autrement en musique? Vous n’avez plus 6 ans, c’est vrai, vous n’avez peut-être pas toute la vie devant vous. Et alors? Remèdes :

  • Inventer un nouveau système de notation musicale (bon courage).
  • Profiter du métro pour travailler ses exercices (quitte à passer pour un neuneu).
  • Jouer uniquement d’oreille (préférer, dans ce cas, des partitions de variété avec 3 ou 4 accords).
  • Jouer du violon (il n’y a que la clef de sol).

5. Jouer devant le professeur : que va-t-il penser de ma prestation? Devinera-t-il que je n’ai joué qu’une demi-heure cette semaine (au passage, oui, on le devine toujours parce que ça s’entend). Remèdes :

  • Utiliser le cours pour raconter sa vie au lieu de jouer (ça marche assez bien parfois, surtout quand l’élève raconte si bien les histoires que le prof veut en savoir plus).
  • Prétexter une angine de petit loulou d’amour avec moulte rendez-vous chez le médecin (une autre façon de raconter sa vie et donc de gagner un peu de temps avant de jouer).
  • Imaginer qu’on joue devant Beethoven sur la fin de sa vie (il était sourd).
  • Se plonger dans sa bulle musicale (les grognements et les mimiques bizarres sont autorisés).

6. Jouer devant les autres : très instructif, mais tant redouté. Miroir, affreux miroir, dis-moi qui joue le mieux? (Oups, bah c’est pas moi en fait. Bon. J’ai plus qu’à arrêter le piano).Remèdes :

  • Prétexter une gastro pour ne pas se rendre à l’audition (ou un départ à l’étranger).
  • Faire une prière.
  • Se faire masser chez «Massagespaschers » (formule à 70 euros incluant un massage crânien, un massage crânien et un autre massage crânien).

  • Déclencher l’alarme incendie (s’il y en a une), juste avant de jouer.

Si avec tout ça, vous n’allez pas mieux, eh bah…

euh…

(je réfléchis)

Une bonne tablette de chocolat noir 75% avec éclats de fève de cacao, ça marche aussi.

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