Les master-classes ou l’art d’interpréter

Ceux qui ont eu la chance d’assister à des master-classes ou des séances de travail collectif le savent : on apprend tout autant (si ce n’est plus) en écoutant les autres qu’en prenant soi-même une leçon de piano.

Le recul permet une meilleure écoute et surtout, de réaliser que les difficultés et les obstacles auxquels la pratique du piano nous confronte chaque jour sont les mêmes pour tous, à peu de choses près. Chacun aura sa façon de les dépasser, mais globalement, lorsqu’on enseigne, il est assez frappant de voir que tout le monde butera plus ou moins aux mêmes endroits d’une partition.

Lorsque les grands concertistes nous font l’honneur d’animer des master-classes auprès d’élèves dont la technique est en grande partie acquise, il nous est donné à voir le coeur du travail d’interprétation : le travail du son.

Quel son veut-on obtenir dans tel morceau spécifique? Comment penser une phrase musicale? Comment interpréter un « staccato » qui, en définitive, n’est qu’un point au-dessus d’une note sur la partition, mais qui, en réalité, permet des impulsions très différentes, dosées en fonction du ressenti, de ce que l’on « voit » et de ce que l’on veut « montrer » à travers une interprétation?

C’est ce que tente d’expliquer la grande Maria Joao Pires, dont l’enregistrement des concertos de Chopin a bercé toute mon enfance.

Depuis sa maison du Portugal, elle anime des master-classes, en anglais. Pour les non-bilingues, vous pourrez tout de même comprendre un certain nombre de choses ou alors comprendre qu’il faudrait peut-être vous mettre à l’anglais (en plus du piano, bien sûr).

A noter, les commentaires sur la mesure (« bars ») que Maria conseille fortement d’oublier car elles morcèlent le phrasé, l’alourdissent. Trop penser au découpage par mesures empêche en quelque sorte la phrase de s’épanouir, de respirer librement. Cette mise en garde me paraît fondamentale : c’est la phrase musicale qui doit être prise comme unité cohérente pour l’interprétation. Il faut oublier la mesure en quelque sorte, le découpage des temps (même s’il ne s’agit pas de ne pas jouer en rythme).

Master-class de Maria Joao Pires (1)

Dans un passage rapide, prendre son temps reste un art…et respirer, très important.

Master-class de Maria Joao Pires (2)

PS : moi aussi je veux faire de la balançoire dans un champ au Portugal.

Dans la vidéo suivante, Michel Beroff se penche sur les effets de suspension, de vagues et de « gouttes » chez Debussy ( Intéressant, même si le ton parfois un peu sec de Beroff me glace un peu, comparé à la chaleur de Maria).

Master-class de Michel Beroff

Une approche intéressante de Cyprien Katsaris, très pédagogue, qui a l’art de raconter des histoires sur le scherzo n°2 de Chopin. Eclairant.

Master-class de Cyprien Katsaris

Où l’on voit la nécessité de sentir et penser le phrasé, l’importance d’un bon doigté pour résoudre un problème technique.

Note pour les adultes débutants : ne pas prêter attention à l’âge probable de l’élève qui suit cette master-class.

Question qui me taraude : qui est le coiffeur de Cyprien Katsaris?

Pour finir, à titre de contre-exemple, le genre de prof qui me ferait fuir. Non pas que je n’aime pas Philippe Entremont, mais sa façon de parler et de couper son élève, en verbalisant assez peu ce qu’il veut (ou en jouant carrément en même temps que lui) me paraît vraiment improductive et pas très respectueuse (mais ce n’est que mon avis) :

Master-class de Philippe Entremont

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