Les improbables coupes de cheveux de pianistes

 

Une amie me demandait un jour pourquoi certains pianistes continuaient, malgré la modernisation constante des tendances capillaires, à arborer des coupes de cheveux pour le moins « périmées ». Choquée par cette question particulièrement impertinente, d’autant plus que nous devions être en train d’écouter l’un d’eux à la télé – ce qui prouve a posteriori l’attention portée à la musique par cette amie dont je tairai le nom pour préserver sa dignité, et montre également que j’ai encore beaucoup de travail pour éveiller mon cercle amical aux joies du piano – je me suis contentée d’éclater de rire, tout en mesurant l’étendue de mon ignorance (moi qui ai toujours réponse à tout, c’est bien connu.)

 

 

Ce fut le point de départ d’une question quasi-existentielle, qui ne cessa dès lors, de tarauder ma conscience aux abois : comment se faisait-il qu’ayant passé les vingt cinq dernières années à écouter et regarder des pianistes, ce détail, pourtant si évident, m’avait échappé?

 

 

D’un coup, j’ai repensé à cette amie, responsable marketing de son état, et par une étrange association d’idée, tout s’est subitement éclairé.

 

 

Et si ces coupes de cheveux révélaient autre chose que le mauvais goût patent de leurs détenteurs? Relèveraient-elles d’une stratégie secrète, d’un complot sourdement ourdi, d’une intention sournoise, cachée, bref, serait-ce une fois de plus quelque chose qui s’apparenterait à une frauduleuse stratégie marketing?

 

 

Galvanisée par cette première intuition, j’ai arpenté les chemins sinueux du web et suis rapidement tombée sur cette photo de Kissin.  Cheveux crépus, très proche des moumoutes à la jackson five, j’ai repensé à Michaël, à sa tombe plaquée or enterrée à Neverland…l’or que l’on retrouve sur le cadre du tableau derrière Kissin…mon intuition flairait l’entourloupe. J’étais forcément sur une mauvaise piste.

 

Kissin en mode gouffa

C’est alors que je suis retombée sur une photo de Cyprien Katsaris, dont j’avais posté une vidéo dans un précédent article (voir « les master-classes ou l’art d’interpréter ») et là, j’ai senti que je flairais quelque chose. Il n’est qu’à observer le regard de biais de Cyprien, ce visage simulant la douceur d’un agneau, alors que quelque chose de suspect se trame sous cette chevelure faussement sage : mettre en oeuvre, dans le silence d’une coupe de cheveux, la stratégie la plus diabolique de tous les temps, celle qui confortera les auditeurs dans l’idée qu’ils ont en face d’eux un « vrai artiste ».

 

 

Mais Cyprien, avais-tu réellement besoin de cela?

 

katsaris_cyprien

 

Forte de cette découverte, j’ai commencé à chercher frénétiquement d’autres photos qui confirmeraient mon intuition première.

 

 

C’est là que je suis tombée sur Fazil Say et l’évidence m’a alors sauté aux yeux : celle d’une mode chez les pianistes, d’une coupe qui serait comme une marque de fabrique, un signe distinctif presque invisible ( car l’on sait bien que ce qui saute le plus aux yeux ne se voit jamais), sorte de lien secret témoignant de l’existence d’une conspiration douteuse, celle des pianistes-marketers…

 

 

Il aura fallu attendre 2013 (ce n’est pas un hasard) pour que Sherlock Joe vous démasque, bande d’imposteurs! (nan mais j’ai pas dit que vous jouiez mal hein)

 

 

Restait à trouver le mobile du crime, la source d’inspiration qui a façonné cette impitoyable secte.

 

 

Non Fazil, ton sourire ne trompe pas, et même si ta permanente est moins soignée que Cyprien, il paraît évident que cette version « cheveux dégueu » ne visait qu’à brouiller les pistes.

 

Fazil Say

 

  C’est alors que l’Ennemi (ou le Mal, comme dirait G.W Bush), cherchant à s’infiltrer sournoisement dans ma conscience pour stopper la progression de mon enquête, s’est mis à m’envoyer, par l’entremise du web qu’il contrôle depuis toujours, des photos plus alléchantes. Toujours le même type de coupes, mais avec ce regard ténébreux qui a l’art de ne pas laisser indifférente toute demoiselle un tant soit peu sensible aux charmes….stop, j’ai compris qu’il fallait que je me resaissise et j’ai basculé sur une autre page.

 

 David_Fray_loin

 

 

 

Mais là, l’Ennemi a senti qu’il fallait taper encore plus fort. Et le profil de David Fray m’est apparu, tel un ange romantique déchu, les yeux voilés par on ne sait quelle pensée torturée, ce sanglot mélancolique qui attendrirait le plus abject coeur de pierre.

 

 

Passé le premier moment d’émoi, j’ai enfin eu la révélation que je cherchais. Mon coeur a frémis, ma respiration s’est arrêtée pendant quelques secondes, mes doigts se sont paralysés au-dessus de mon clavier et tel Moïse entendant le souffle de Dieu (ou tel un téléspectateur entendant la douce voix de Nabila : « Allo? Nan, mais allo quoi?), j’ai enfin COMPRIS.

 

David Fray de pres

(Oui David, tu es sexy, on le sait)

C’EST FRANZ LISZT LE COUPABLE!!!! EVIDEMMENT!!!

 

 

403829_imagno

 

Alors Franz, si tu as besoin, je dis ça vraiment à tout hasard, ne te vexe pas surtout, je connais l’adresse d’un très bon dermato qui pourrait t’enlever quelques trucs sur le visage, mais ce n’est qu’une suggestion.

 

 

Franz, non content d’avoir été considéré comme le meilleur pianiste du 19ème siècle (et d’avoir ainsi traumatisé tous les pianistes du siècle d’après), tu as continué à oeuvrer depuis ta tombe, en poussant certains à te copier malgré eux. Peut-être ont-ils crû qu’ils seraient plus crédibles en arborant une toison semblable à la tienne? Peut-être ont-ils crû que leur talent en serait décuplé, que sans cette aura d’artiste romantique, « seul contre tous », leur succès n’égalerait jamais le tien? 

 

 

L’être humain a ses impasses.

 

 

Après avoir fait cette découverte de la plus haute importance, j’ai appelée mon amie qui n’a pas paru partager mon enthousiasme, mais qui s’est surtout montrée assez peu réceptive à la sourde menace qui ne cessait de s’étendre dans les inconscients des pianistes…

 

 

J’ai alors tenté de me rassurer toute seule, de me dire que mes raisonnements frisaient la paranoïa (dans un éclair de lucidité qui se produit environ une fois par an) mais en voyant cette photo d’Ivo Pogorelich jeune, l’effroi s’est de nouveau emparé de moi.

 

Pogorelich jeune

 

Heureusement, cette frayeur fut de courte durée, car je compris bien vite qu’Ivo avait trouvé le moyen d’échapper à cette terrible malédiction.

 

 

Il fallait y penser, Ivo l’a fait.

 

LE BONNET.

 

 

Pogorelich bonnet

Tout simplement.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>