« Le piano c’est facile », un livre à proscrire

Piano facile livre

J’ai découvert avec horreur l’existence de ce livre (Merci à M. ;) dont le titre ne laissait rien présager de bon, surtout le sous-titre : « …pour impressionner vos proches en quelques semaines » et à la lecture, mon intuition s’est confirmée.

Alors je le dis et le redis, pour ceux qui croiraient encore le contraire : le piano n’a rien de facile, c’est un long chemin, parsemé d’embûches, mais aussi de joies profondes (tous les pianistes ne sont pas maso, voyons).

Comment croire, alors qu’il faut au moins 10, 15, 20 ans pour réellement former un musicien, que cette activité qui relève à la fois de l’effort physique, intellectuel, émotionnel et je dirais même spirituel, est aisée?

Vous me direz peut-être que vous n’aspirez pas réellement à devenir un musicien et que pour vous, le piano est un passe-temps comme un autre, ou presque. Mais même dans ce cas-là, vous réaliserez bien vite que jouer des notes, aller en rythme, se déplacer sur le clavier, lire une partition, synchroniser les deux mains, soigner l’interprétation, le toucher, bref….tout cela est on ne peut plus compliqué.

Sur la 4ème de couverture de cet ouvrage (dont je conseille vivement le recyclage immédiat), il est également écrit : « Un ou deux mois après ses débuts, le lecteur est prêt à aborder des thèmes (simplifiés) de Chopin ou de Johann Strauss (Le beau danube bleu) et à s’accompagner sur Hey Jude des beatles. Un ou deux mois s’écoulent encore et le voilà paré pour interpréter des partitions originales non simplifiées telle la fameuse Lettre à Elise de Beethoven ou le première partie de The Entertainer de Scott Joplin. »

Mais bien sûr Daniel…2 + 2 = 4, donc environ 4 mois pour jouer la version originale de la Lettre à Elise (avec ses 2 passages centraux très durs techniquement, faits de double-croches qui doivent être jouées à un tempo rapide, puis d’accords à 4 sons par la suite, couplés à des notes répétées rapidement à la main gauche…).

J’ai été chercher sur le web la biographie de ce monsieur et sur son propre site, je ne vois aucune mention d’un passé d’enseignant, ou même de musicien. En revanche, il indique qu’il est journaliste et écrivain et qu’il a vendu des best-sellers.

Je ne suis même pas certaine qu’il soit réellement pianiste…bref, pour pondre des livres aussi malhonnêtes intellectuellement, il faut l’être soit même.

Parce que si au bout de 4 mois, vous ne parvenez pas à jouer cette Lettre à Elise, c’est que vous êtes nuls, evidemment.

Sous des abords positifs, « sans prise de tête », on a donc un livre qui peut miner la confiance en soi d’un élève.

A l’intérieur, on trouvera un livre découpé en plusieurs chapitres, centrés sur 2 nouvelles notes à chaque fois. Pourquoi ce choix? Arbitraire, sans doute. Des morceaux qui n’ont rien de progressifs, mais mêlent tout de suite les deux mains, avec cette précision récurrente de l’auteur : «  une petite mélodie là encore fort simple ».

Sur la page de garde du 6ème chapitre, intitulé « s’accompagner sur des chansons », on peut lire : «  Lorsque l’on apprécie une chanson, l’on n’est pas toujours disposé à consacrer les efforts nécessaires à la jouer au piano. Une solution alternative bien agréable – et plus simple – consiste à simplement s’accompagner tandis que l’on chante. »

On voit bien l’état d’esprit du livre, partisan du moindre effort…et encore une fois mensonger : essayez de jouer et de chanter en même temps, quand vous démarrez le piano et vous verrez si c’est si facile que cela.

« Cette méthode révolutionne l’apprentissage du piano »…il faudra m’expliquer où est la révolution.

Petite note sur la Lettre à Elise, dont la première page est reproduite, sans aucune mention du fait qu’il ne s’agit absolument pas de la version originale complète ( l’élève pressé découvrirait alors le gouffre technique qui le sépare d’un tel morceau).

Une seule page donc, avec cette note de l’auteur : « La lettre à Elise de Beethoven est un autre morceau relativement aisé à jouer. »

C’est vous qui êtes nul, on vous l’a déjà dit.

J’ajoute, par ailleurs, que le tout petit format du livre le rend difficilement lisible pour les partitions et ne facilite pas sa pose sur le piano.

Vous l’aurez compris, un livre à bouder et même à déconseiller vivement. Parce que la malhonnêteté intellectuelle n’est pas juste choquante, elle conduit l’élève sur la voie des plaisirs frelatés, édulcorés.

Vous souhaitez jouer la lettre à Elise? Eh bien, travaillez et quand vous aurez le niveau, prenez la version originale, écrite par le compositeur qui s’est échiné à vous donner le meilleur de lui-même.

Il n’y a pas de raccourci au piano. On peut se faire plaisir avec des versions simplifiées, mais je le déconseille, dites- vous bien que le plaisir sera d’autant plus grand lorsque vous aurez la satisfaction de jouer l’oeuvre originale.

Je ne travaille quasiment jamais de versions simplifiées avec mes élèves, sauf pour des morceaux de variété ou des transcriptions d’airs connus, non écrits pour le piano (comme des transcriptions de pièces orchestrales par exemple). Car dans ce dernier cas, puisque l’oeuvre n’a pas été écrite pour le piano, j’estime qu’on peut éventuellement se permettre de jouer à partir d’un texte plus simple.

C’est une prise de position sans doute rigoureuse, mais je suis convaincue que c’est bien plus gratifiant de procéder ainsi.

Il est bon de « désirer » une oeuvre pendant un temps, vous mettrez d’autant plus de passion à la travailler et en ressentirez d’autant plus de plaisir.

Parole d’une passionnée de piano.

 

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