Le génie de Beethoven

Voilà un docu-fiction à ne pas rater. Diffusé par la BBC sous le titre « The genius of Beethoven », ce film en trois parties a beau durer 3 heures, on ne s’ennuie pas pour peu qu’on comprenne l’anglais.

Pour l’instant, ce documentaire n’a pas été traduit (à ma connaissance) et c’est bien dommage. Il nous offre une exploration à la fois musicale, historique et intime de la vie de Beethoven.

Charles Hazlewood, compositeur et chef d’orchestre, conduit d’une main de maître ce docu-fiction qui intègre une reconstitution de la vie entière de Beethoven et des passages plus pédagogiques qui permettent de comprendre en quoi Beethoven a été l’un des plus grands novateurs de l’histoire de la musique.

A cet égard, l’intuition de Charles Hazlewood est que Beethoven n’est pas le premier des romantiques (dont il permettra en réalité l’essor) mais plutôt le dernier des classiques. Pour le chef d’orchestre, il clôt un chapitre de l’histoire de la musique en poussant les formes musicales du passé jusque dans les extrêmes. Hazlewood mentionne d’ailleurs cet art du contraste si poussé chez Beethoven – piano subito / explosions de fureur, entre autres -, mais aussi cette façon repousser les limites des formes musicales comme le fait d’intégrer 6 mouvements et non pas 4 dans sa neuvième symphonie, sans parler de la fugue échevelée insérrée dans sa sonate pour piano « Hammerklavier », bien loin des fugues de Bach donc.

Le docu-fiction inserre également des « pseudo-interviews » des personnages de l’époque qui racontent, de leur point de vue, certains aspects de la vie du compositeur. Car c’est là tout l’intérêt du film : entièrement basé sur les témoignages des contemporains de Beethoven (consignés dans des mémoires, lettres…etc), ils renforcent le réalisme de l’histoire, son caractère intime (on se sent au plus près du compositeur). Bref, c’est à mon sens, une mine d’or d’informations sur le travail de Beethoven, sa personnalité, ses relations professionnelles et amoureuses,  la vie à Vienne où Beethoven a vécu (après avoir quitté Bonn). Mentionnons également Heiligenstadt, cette petite ville de province dans laquelle il allait se reposer non loin de Vienne. C’est là qu’il s’adonnera à la contemplation de la nature, vraie ressource pour cet homme qui « préférait » l’isolement.

On comprend peu à peu comment sa surdité précoce le conduira à fuir ses contemporains. Mais ce que je trouve bouleversant, c’est la solitude de ce compositeur, considéré de son vivant comme le plus grand musicien d’Europe. Il ne s’est jamais marié. Il tombait amoureux d’aristocrates (souvent, ses élèves) qui, bien que fascinés par son talent, n’osèrent jamais franchir le pas afin de ne pas perdre leur rang (Liszt aura eu plus de chance avec la comtesse Marie d’Agoult).

Cela le conduisit à se battre pour obtenir la garde de son neveu qu’il arracha des bras de sa mère à coup de procès. Ces passages sont poignants et révèlent la face noire de Beethoven, celle d’un génie pétri de solitude, campé dans ses principes moraux inflexibles et prêt à tout pour obtenir ce qu’il souhaite, au prix du malheur d’un jeune homme et de sa mère.

Mentionnons également le jeu d’acteurs ultra-convaincant, les costumes, la mise en scène et surtout le montage. Toute la bande-son est tirée des oeuvres de Beethoven et elle se marie à merveille avec ce qui est raconté.

Je mets le lien du premier épisode (le 1/3). Vous trouverez facilement les autres sur youtube :

Documentaire « The Genius of Beethoven », BBC, 1/3

Pour ceux qui aimeraient aller encore plus loin, je mentionne cette biographie de Beethoven par un très grand musicologue. On y trouvera de nombreuses analyses de l’oeuvre, de très belles illustrations, le tout dans un format court, clair, concis.

A noter que Boucourechliev est aussi l’auteur d’un superbe essai sur Debussy (cf article « Debussy révolutionnaire »), « Debussy ou la révolution subtile ». A lire aussi son livre sur « Le langage musical », passionnant.

beethoven boucourechliev

J’avais vu il y a très longtemps un autre film sur Beethoven (une pure fiction cette fois-ci) : L’élève de Beethoven (qu’on trouve aussi sur youtube). Dans mon souvenir, c’était vraiment très bien même si je ne pourrais en parler précisémment.

Pour terminer, l’une des pièces que je préfère. Rien d’original dans ce choix puisqu’il s’agit de la symphonie n°7, mais j’avoue que je resterai toujours bluffée par cette capacité de Beethoven à développer et donner de l’ampleur à des thèmes aussi simples (souvent constitués de notes répétées) :

Symphonie n°7, 2ème mouvement, par Karajan

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