L’art du piano, par Heinrich Neuhaus (3)

 

Sur la technique…

 

« Ce que l’on a coutume d’appeler abusivement « force des doigts » est en réalité stabilité des doigts et de la main, capables de supporter n’importe quelle charge. »

« A mon avis, la meilleure position de la main est celle qui peut être changée le plus vite et le plus facilement. Pensez donc le moins possible à toutes les positions imaginables et davantage à la musique. »

« L’attention du pianiste doit constamment être portée (surtout dans les cas de difficulté technique) sur la position des doigts. Il faut qu’il veille à ce que ces derniers, que je nomme volontiers « producteurs du son », se trouvent dans la position la plus naturelle, avantageuse, « utile à la production ». Toute l’arrière-garde, c’est-à-dire, en partant de la ligne de front, la main, le poignet, le dos ainsi que son point d’appui le tabouret, doit y participer. Mais la participation la plus active doit être celle du cerveau, plus précisément de la raison. »

« Je déclare souvent à mes élèves que l’on joue du piano d’abord avec sa tête et ses oreilles, ensuite avec ses mains. »

« Dans les cas particulièrement difficiles, s’éloigner au début de la force et de la vitesse indiquée, penser avant tout à l’exactitude seule et à exécuter le tout sans la moindre tension. »

« Le pianiste qui sait ce qu’il veut entendre et sait s’écouter trouvera facilement les mouvements physiques corrects. »

Sur le maître et l’élève…

« S’il est impossible de créer des talents, il est possible de créer la culture, c’est-à-dire le terrain qui prépare le talent. Le cercle est fermé et notre métier est justifié. L’un des objectifs essentiels qu’il doit atteindre est d’apprendre à l’élève à se passer de lui, à cesser de lui être indispensable. Il doit faire en sorte que l’élève prenne l’habitude de penser, de travailler et de vaincre les obstacles par ses propres moyens. C’est ce qu’il est convenu d’appeler « maturité », au-delà de laquelle commence l’art. En appliquant cette idée, je n’amoindris nullement ma personnalité. Je renonce tout simplement au rôle de gendarme, d’entraîneur ou de gouvernante, je ne veux être qu’un élément moteur parmi d’autres, plus fort ou plus faible, peu importe. »

« Celui qui est touché par la musique de façon purement émotive restera toujours un amateur. Celui qui la ressent de façon cérébrale deviendra un musicologue ou un chercheur. L’interprète, lui, doit savoir faire la synthèse, saisir vivement et prendre conscience. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>