L’apprentissage du piano, vu par mes élèves (2)

5. En quoi le piano modifie-t-il (ou pas) le regard que vous portez sur vous-même?

« J’ai l’impression que je m’aime moins et me respecte d’avantage. Est-ce que cela serait arrivé sans la découverte de la musique ? Est-ce tout simplement vrai (peut-être que je n’ai pas encore assez de « hauteur » afin de répondre avec justesse à ta question) ? »

« Je ne suis pas sûre que cela modifie mon regard sur moi. Toutefois, cela m’a fait prendre conscience du bien que cela me fait d’apprendre quelque chose de totalement nouveau (le solfège, le rythme, le déchiffrage d’une partition, l’entraînement des doigts …). Le piano, c’est aussi de nouvelles pensées, positives qui m’occupent l’esprit, c’est une nouvelle manière, très efficace, de décrocher des petits tracas du quotidien, c’est la perspective que je pourrai un jour jouer pour les autres et que ce sera un moment de joie ou d’émotion partagée.

En parallèle, il y a mes doutes : j’apprends et je progresse lentement, est-ce que cette année je vais réussir à travailler régulièrement pendant les vacances ? est-ce que je suis assez persévérante et donc est-ce une bonne idée d’acheter un piano … ?

Je vis la décision d’apprendre le piano comme un engagement que j’ai pris avec moi-même. Cela contribue à ma motivation. »


6. Quel est l’obstacle le plus difficile à gérer au moment du cours?

« Cesser de chercher à contrôler ce que ma prof pense de moi. C’est le seul véritable obstacle à gérer car tous les autres en découlent. »

« A cette question, je répondrais le « lâcher prise » mais je ne t’apprends rien. »

« Le stress ! Mais pourquoi suis-je donc stressée ? Parce que je suis intimidée par le clavier du PLEYEL : ses touches sont lourdes, quand je les presse correctement, le son est fort et ça vibre (je règle le son très bas sur mon numérique) ; parce que je joue directement le morceau en cours, sans échauffement et que je voudrais réussir tout de suite à te montrer à quoi je suis arrivée au cours de la semaine écoulée : et ce n’est jamais à la hauteur de ce que j’espérais ; parce que je voudrais que ça soit déjà agréable à entendre et je pourrais alors penser que je mérite d’investir dans un vrai et beau piano ! »

7.Jouez-vous de temps en temps devant des gens (autre que le prof)? Qu’en retirez-vous? Jugez-vous que c’est nécessaire pour progresser?

« Très rarement. Beaucoup de douleur. J’en sais rien il faudrait essayer plus souvent ! Sans doute que oui mais il faut je pense être très solide pour ne pas:

1) souffrir de t’être  »mis à nu ».
 
2) tomber dans le piège de se surestimer sous prétexte que le « non connaisseur » qui t’observe est anormalement épaté par deux grandes mains qui arrivent à se coordonner. (Il suffirait juste qu’il arrête d’observer et qu’il commence à écouter.)
 
3) être déstabilisé par un  »grand connaisseur » qui voudrait t’imposer « sa » vision de la musique. »

« Parfois, tout dépend de la prestation. C’est à double tranchant. Soit celle-ci se déroule bien, dans ce cas, effectivement, gain de confiance en soi. Soit celle-ci se révèle être une véritable traversée du désert sans la moindre oasis à l’horizon et dans ce cas, auto-flagellation intensive : je suis nulle, je suis très nulle, je suis très très nulle. Mais encore une fois, tout dépend également de l’auditoire : qui va vous écouter ou plus exactement vous juger. Là est la question ou plutôt le problème…
 
En revanche, j’ai la chance de pouvoir jouer de temps en temps avec mon chéri (à la flûte traversière) et je trouve que c’est un très bon exercice ou plutôt de très bon moments de complicité. Déjà, cela vous oblige à être en rythme et surtout à écouter l’autre. Terminé le nombrilisme, il faut s’ouvrir aux autres et arrêter de se focaliser sur sa petite personne et ça, ça fait le plus grand bien !!!! A quand notre 4 mains ? »

« J’ai eu l’occasion : mes doigts « bafouillent » et je suis immédiatement en stress maximum.

A mon avis, il n’y a que les profs pour avoir les oreilles assez patientes pour écouter les débutants …

Ceci dit, c’est effectivement indispensable pour s’entraîner à dépasser le trac. Et le but est tout de même d’arriver à jouer devant les autres, pour leur plaisir ! »

8. Quelle est pour vous la principale source de plaisir dans l’apprentissage du piano?

« Apprendre doucement à s’exprimer et constater comment cela change sa vie. C’est un peu comme lorsque bébé on apprend à dire nos premiers mots, sauf que la on prend conscience à quel point cela va changer notre vie (alors que bébé on n’a pas conscience que les mots qu’on arrive à émettre vont transformer notre existence). Cette prise de conscience est un bonheur intense et c’est pour l’instant (je crois) la principale source de plaisir. « 

« Parfois il arrive un instant magique, une parenthèse dans l’espace temps, ou d’être touchée par une grâce divine, va savoir, en tous cas de réussir à restituer l’émotion attendue. Ce petit moment justifie tous les efforts accomplis…satisfaction personnelle et si elle peut être partagée c’est encore plus fort. »

« Toucher un vrai clavier.

Constater qu’il est possible de jouer en entier et sans fausse note une partition, puis une autre …

L’étape suivante, c’est de ressentir du plaisir à entendre ce que l’on joue : ça, c’est quand on parvient à se détendre, que l’on a pris conscience que l’absence de fausse note ne suffit plus et qu’il faut laisser s’exprimer l’émotion quelle qu’elle soit (mon Everest). »

9. Que rêvez-vous de jouer?

 » La liste est relativement longue. Elle évolue et s’enrichit sans cesse. Malgré que je songe depuis mes débuts à tenir une liste et à la mettre à jour régulièrement on gardera ça pour plus tard et je retiendrais dans cette liste seulement les œuvres qui m’ont aidées au tout début à trouver les forces de me plonger pleinement dans la musique :
 
1) Chopin, l’ étude n°1 opus 10 (un veritable choc!) et le scherzo n°2.
2) Liszt, « Un sospiro » (dont j’ai entendu les 1eres notes jouées par toi.. j’avais l’impression d’être paralysé subitement).
3) Beethoven, 3eme mouvement de la tempête. »

« Le deuxième mouvement (Adagio cantabile) de la Pathétique de Beethoven, un Nocturne de Chopin ou du Debussy. »

« Lover man et Breadline Britain (The Communards)

Symphoman (William Sheller)

Songbird (Fleetwood Mac – Christine Mc Vie) »

Merci encore à mes élèves d’avoir partagé tout cela avec nous. Amis visiteurs ou élèves, n’hésitez pas à laisser vos impressions ci-dessous.

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