Lang Lang ou le terrible secret d’un enfant prodige

 

Un mal secret ronge la Chine, mal que même Xi Jinping (l’actuel président chinois, pour ceux qui ne sauraient pas, comme moi il y a trois minutes), ses collègues Ricantoné et Chang Canarlaké ignorent, malgré l’implantation de puces dans les cerveaux de tous les hauts-fonctionnaires du parti communiste.

 

 

Ce mal (que G.W. Bush, grand penseur trop méconnu du grand public, n’aurait pas hésité à nommer « Evil », ou même « Parti démocrate ») a malheureusement touché la plus belle incarnation de la réussite chinoise de ces dernières années, le pianiste LANG LANG.

 

En dépit des tentatives de ce dernier pour nous alerter -malgré la censure omniprésente dans son pays- les Occidentaux se sont montrés parfaitement indifférents au désarroi de Lang Lang, pourtant si flagrant, quand on y songe.

Lang déprimé 1

Qui voudrait plaindre Lang Lang? Incarnation de l’enfant prodige, brillante réussite pianistique qui a su faire de son nom une marque. Non, ce business man peut bien se débrouiller seul, lui qui a été élevé dans la douceur, l’amour et la tendresse paternelle :


«Tu ne mérites pas de vivre. La mort est la seule solution. Il vaut mieux mourir maintenant que de vivre dans la honte! Ce sera mieux pour nous deux. Tue-toi le premier, je le ferai ensuite.»

C’est Lang Lang lui-même qui raconte cette anecdote dans son autobiographie publiée à l’âge de 26 ans (quand on grandit trop vite, on vieillit aussi plus vite, forcément).

Il faut bien admettre que le petit de neuf ans avait odieusement abusé : il était rentré 2 heures en retard de son accompagnement de chorale à l’école et avait donc perdu deux heures de travail pour son piano ce jour-là.

Pourtant, Lang (permets-moi de te tutoyer), on t’avait bien dit de travailler ton piano 8 heures par jour en plus du reste, nan vraiment, tu n’en fais qu’à ta tête. Pour la peine, tu seras privé de nems.

Lang (Lang), une fois sorti de Chine pour aller étudier aux Etats-Unis ( il a bien tenté de semer son père dans les toilettes de l’aéroport JFK, mais ce dernier le tenait en laisse, pas très pratique donc) et enregistrer de nombreux albums, a donc à maintes reprises tiré la sonnette d’alarme, en vain.

 

Lang nuquite 2

Déjà ses mimiques parlaient d’elles-mêmes. Mais non, la psychiatrie américaine y aurait vu, tout au plus, un affreux TOC, la « nuquite aigüe », classé à la 1287ème page du DSM (la bible des maladies mentales aux Etats-Unis, un must) et lui aurait donc prescrit quelques médicaments pour empêcher que sa nuque ne penche trop en arrière ou que ses mains ne fassent des choses inconvenantes (comme jouer trop vite, par exemple).

Alors que tous s’extasiaient pendant et après tes concerts, tu as eu une idée de génie, à défaut de pouvoir t’exprimer librement (malgré un double patronyme prometteur) : te servir des médias et de tes pochettes d’albums pour nous faire deviner ton terrible secret (celui qui pouvait mettre en péril la croissance économique chinoise).

Lang doigts 3

Ton annulaire et ton auriculaire droits qui posaient problème…

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Puis la perte de ton pouce droit et ton index gauche…

Lang doigts 5

…de ton pouce gauche et ton index droit (horreur).

Malgré cela, ton niveau technique était tel que tu parvenais à assurer en concert, mais ce secret d’Etat était de plus en plus difficile à étouffer, même si tes directeurs artistiques redoublaient d’inventivité, en tentant, en dernier recours, de te greffer un piano sur les mains, pensant ainsi que tu jouerais mieux.

Lang soudé au piano 6

Comprenant que c’en était trop, tu les as tous congédiés, ce qui fut ta première révolte personnelle contre l’autorité (et ce n’est pas rien), puis tu es allé voir un psy (suffisamment connu pour qu’il ne soit pas tenté de fonder sa notoriété sur un futur livre divulgant tes plus intimes secrets).

Freud 7

Mais lorsqu’il t’a dit que la disparition de tes doigts relevait sans doute d’un complexe de castration et que pour guérir, il te faudrait dire à ton père d’arrêter d’être méchant avec toi, tu as fui, ne comprenant pas ce que ce bonhomme, dont le visage te rappelait étrangement celui de Spielberg, avait bien voulu te dire par là.

Tu as donc pris des vacances ( ce qui ne t’était jamais arrivé depuis ta naissance) et songé à changer de métier.

Lang avion 8

Contrôleur aérien.

Lang claquettes 9

Danseur de claquettes.

Lang foulards 10

Ou même secoueur de foulards.

Puis tu t’es ressaisis, te souvenant alors d’une phrase que le vieux monsieur à lunettes t’avait dite (entre deux baillements), celle où il t’avait vaguement parlé du petit enfant que tu avais été.

C’est ainsi que tu as eu l’IDEE qui t’a sauvée la vie (à part celle de pousser ton père du haut de Brooklyn bridge) : t’occuper de petits pianistes prodiges comme toi pour guérir les blessures de celui que tu avais été.

Lang enfants 11

Depuis ce jour heureux, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tu continues de nous enchanter avec tes concerts, ton père est fier de toi et les services secrets chinois ont même pu stopper la recherche de prothèses bioniques de doigts (qui coûtait quand même plusieurs milliards de Yen, pas facile à sortir en tant de crise).

Mais attention, Lang, il ne faudrait pas que la menace de rétractation, voire de disparition de tes doigts réapparaisse…

Pour cela, j’ai quelques ouvrages à te conseiller, même s’ils ne sont sans doute pas traduits en chinois, mais ce n’est pas grave puisque tu es bilingue (comme ton nom l’indique). Tu pourras donc aisément les télécharger sur ton kindle, que ton père a bien voulu t’offrir pour tes trente ans de carrière :

« Un merveilleux malheur », de Boris Cyrulnik, ou comment les enfants traumatisés peuvent devenir résilients.

L’intégrale d’Alice Miller avec, entre autres, « L’enfant sous terreur », « Le drame de l’enfant doué » et l’incontournable « C’est pour ton bien! »

Paix à ton âme Lang (Lang).

 

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