Franz Liszt

liszt jy clement

C’est en flânant dans ma librairie nantaise préférée, la librairie coiffard, que je me suis résolue à acheter cette biographie de Liszt, biographie qui me faisait de l’oeil depuis un certain temps.

Comme bon nombre de pianistes (je crois), j’éprouve pour Liszt une certaine fascination, liée à ses talents de pianiste que je subodore au cours de mes lectures, mais surtout à ses audaces en matière de composition. Je ne suis vraiment pas la seule, visiblement, à penser que sans lui, d’autres compositeurs tels que Debussy n’auraient peut-être pas pu s’engouffrer dans certaines voies ouvertes par des êtres comme Liszt.

Bref, j’ai acheté mon petit livre publié chez Actes Sud dont j’ai toujours aimé les formats allongés et le papier couleur crème. J’ai eu confiance, je me suis donc jetée dans cette lecture comme une lectrice (avertie) avide de découvertes.

J’ai été déçue. Heureusement, j’avais acheté en même temps un livre sur le pianiste Alfred Brendel (que je vais bientôt chroniquer), ce qui a permis d’alléger un peu cette humeur noire dans laquelle le livre m’a plongée.

Certes, la vie de Liszt y est résumée en très peu de pages et c’est vraiment bien mené. L’auteur y évoque les oeuvres connues, mais aussi les moins connues (comme l’héroïde funèbre qu’il affectionne particulièrement). J’ai aimé la mise en cohérence d’une vie qui s’est partagée entre plusieurs pays, plusieurs villes (Paris, Weimar, Rome…etc). J’ai aimé la concision qui permet à Jean-Yves Clément d’évoquer certaines périodes de sa vie, ses deux femmes, ses enfants, sa relation avec Wagner (qui épousera la fille de Liszt, Cosima). Tout comme l’idée de « transformation thématique » permettant de caractériser l’un des principaux modes de composition de Liszt.

Mais, pardonnez-moi, Jean-Yves Clément, pourquoi tant de pédanterie? (je ne vais pas me faire un ami chez Actes Sud).

J’ai été agacée par certaines analyses psychologiques (parfois contredites par l’auteur lui-même). Exemple : sa façon de faire de Liszt une sorte de martyre abandonné de tous à la fin de sa vie en prônant une générosité légendaire du compositeur qui ne lui aurait pas été assez rendue par ses contemporains (qu’en sait-il, après tout? Ça me paraît assez mal démontré en tout cas). Pour ensuite « avouer » que Liszt n’aura en réalité pas su aimer les autres (on lui aura rendu la monnaie de sa pièce en quelque sorte), « tare » de certains enfants prodiges trop égocentriques, peut-être (?)

On ne sait pas vraiment sur quoi l’auteur se base pour dire cela. Sur la correspondance de Liszt? Elle est très peu citée en tout cas.

Sans parler du fait que les deux premiers enfants du compositeur, dont on suppute qu’il s’en est assez peu occupé, sont morts jeunes et là, rien n’est mentionné, à part la composition de certaines oeuvres. C’est à ce moment-là que j’aurais aimé une analyse psychologique, mais j’en demande peut-être trop.

Bon.

Je passe aussi le fait que la mention des grandes oeuvres de Liszt s’accompagne tout au long du livre d’une dégoulinade d’adjectifs aussi dithyrambiques que passe-partout.

Mais on était en 2011 quand le livre est sorti. Il fallait bien marquer le coup puisque c’était l’année Liszt en France. Même si d’autres éditeurs avaient publié des ouvrages bien plus complets et bien plus passionnants, pourquoi ne pas surfer sur la vague des ventes commémoratives?

En tout cas, ce que je trouve vraiment passionnant dans la vie de Liszt, c’est ce cheminement mystique qui le conduira à entrer dans les ordres et qui influe sur sa façon même de composer, les thèmes qu’il choisit (avec l’opposition des symboles Dieu/ Diable, Bien/ Mal…etc.), l’éclatement des formes qu’il ose opérer.

On a vraiment là un compositeur qui annonce la modernité.

J’ai appris au passage tous les préjugés liés à Liszt : plus pianiste virtuose que compositeur exceptionnel, selon certains…

Ayant eu la chance d’écouter les oeuvres de Liszt (et de les jouer parfois) en ignorant totalement ces préjugés, j’avoue que je n’ai pas vraiment compris le pourquoi du comment. Il suffit de beaucoup écouter Liszt pour se rendre compte qu’il était génial, mais surtout qu’il détonnait déjà par rapport à tous ses contemporains romantiques.

Liszt superficiel? Je n’y ai jamais crû, d’autant plus que la première fois que j’ai pu entendre l’une de ses oeuvres en live (j’avais déjà écouté ses concertos pour piano grâce à mon conservatoire qui m’avait offert le CD en récompense de mes examens réussis, puis ensuite ses études, sa fameuse sonate en si mineur), c’était grâce à une amie de stage.

Je raconterai sans doute un jour l’intégralité de ces moments passés en stage, car ils furent pour moi exceptionnels en terme de découvertes musicales. En attendant, cette petite anecdote :

Nous avions des salles de répétition à disposition à toute heure du jour et de la nuit (enfin, pas toute la nuit quand même, il fallait bien dormir un peu, après 6 ou 7 heures de piano par jour). Cette amie travaillait l’étude de concert « Un Sospiro » de Liszt et elle m’a fait le plaisir de me la jouer un soir.

Je me souviens encore de son bras droit qui passait avec souplesse par-dessus la main gauche, de cette musicalité qui, dans mon souvenir, rendait merveilleusement cette étude. J’étais hallucinée.

J’avais 15 ans et je n’ai jamais oublié ce moment (comme bon nombre de moments passés en stage) car il y a toujours quelque chose de magique quand un interprète exécute une oeuvre qui semble faite pour lui.

Aucune mièvrerie, aucun artifice, juste une sensibilité exacerbée qui touche au plus profond.

Le Liszt « poudre aux yeux », je ne l’ai jamais connu.

Si vous voulez lire le livre de Jean-Yves Clément, je pense que vous apprendrez beaucoup de choses utiles (sur l’art de la transcription et de la paraphrase musicale chez Liszt, notamment). Si vous voulez vous plonger dans un roman autour de Liszt, lisez plutôt ceci.

vie de liszt est un roman

Lu il y a longtemps, je me souviens cependant d’une fiction très documentée et très bien menée autour de la vie du compositeur, même si la deuxième partie me semblait manquer de fil conducteur. Mais à mon sens, ça vaut le coup.

Quelques vidéos au passage :

Martha Argerich interprète la sonate en si mineur

Kempff et la légende de St François

Un hommage à mon ami bilingue Lang Lang qui a toujours l’air ébahi en jouant (c’est beau). Sérieusement, j’apprends peu à peu à l’aimer. Les enfants prodiges me touchent toujours (dans leur détresse).

Lang Lang interprète le concerto pour piano n°1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>