Contre les cours de piano en ligne

Régulièrement démarchée par des organismes de cours de piano en ligne, j’ai toujours refusé de cautionner ce genre d’ « écoles » et j’aurais tendance à déconseiller d’y mettre les pieds. Pourquoi?

Parce que bien souvent, ce type de sites vante l’apprentissage « facile », « rapide » et qu’il n’y a rien de plus mensonger. Apprendre le piano n’est pas une sinécure, ce qui ne veut pas dire que l’apprentissage ne réserve pas des moments de plaisirs gratifiants, des sentiments d’accomplissement et de progrès. Mais on le sait bien, il faut des années avant de se sentir pleinement à l’aise avec l’instrument, même si l’on est doué.

Parce que l’on vous fait croire qu’en x nombre de cours, vous maîtriserez tel ou tel morceau. « Résultats garantis ». Désolée, encore une fois, de dire que les recettes miracles n’existent pas et qu’on ne peut absolument pas prévoir les progrès, la vitesse d’avancement d’un élève avant même de l’avoir rencontré.

Parce qu’un cours par webcams interposées me paraît difficile, pour plusieurs raisons :

  1. Rien ne remplace la démonstration en live par un professeur. Voir à travers un écran et voir en vrai, ce n’est pas la même chose. Expérimentez-le avec un instrumentiste et vous verrez.
  2. Parce que souvent, on est obligé de prendre la main de l’élève pour lui montrer les gestes, détendre le poignet, réajuster la position de son dos, assouplir son bras. Ce sont bien souvent ces gestes-là qui créent le déclic, rendent l’exécution plus aisée. Les mots ne suffisent pas toujours, le contact reste indispensable.
  3. Parce que le son est ce qui nous guide dans tous nos progrès. Ecouter ce son par l’intermédiaire d’un ordinateur, même bien équipé, est juste impossible. Il suffit de savoir que l’enregistrement en studio d’un piano requiert les micros les plus performants ( qui coûtent des milliers d’euros) pour comprendre qu’un micro d’ordinateur ne sera aucunement fidèle en matière sonore. Et pourtant, c’est le son qu’il s’agit de modeler si l’on veut réellement bien jouer.
  4. Parce la relation prof-élève se nourrit de la rencontre réelle et non pas virtuelle. Si vous voulez d’un monde où l’on communique via des écrans pour tout, allez-y. Personnellement, je reste une adepte de la relation humaine « à l’ancienne ». D’autant plus que pour être à l’écoute des moindres réactions d’un élève (si tant est qu’on veuille réellement l’aider à avancer), il faut l’avoir à ses côtés et même le sentir respirer.
  5. Parce-qu’en matière d’éducation artistique (et d’éducation en général), les « ressentis » sont au moins aussi importants que le reste. Avec une webcam, ce type de perceptions est forcément biaisé.

Parce qu’on vous promet bien souvent un apprentissage « sans contrainte » alors que c’est faux. Pour avancer au piano, il faut s’astreindre à une certaine discipline, sous peine de voir son envie et ses progrès s’effriter. Si vous n’arrivez pas à dégager une heure dans la semaine pour aller à un cours, il paraît peu probable que vous ayez la réelle motivation de travailler votre instrument de façon régulière. On le sait tous, une vraie motivation est compatible avec un emploi du temps chargé, si l’on prend le soin de bien s’organiser.

Parce que l’on vous vend parfois comme professeurs des « stars » du PAF pour vous prodiguer des cours…vous aurez droit à des vidéos formatées, sans réelle possibilité d’interaction.

Parce qu’on vous dit parfois que vous n’aurez pas à vous engager. Sauf que le piano requiert de l’engagement : ce sera la condition même de vos progrès et de votre épanouissement. Considérer le piano comme un loisir que l’on peut pratiquer en dilettante est une erreur. Le piano, comme toutes les autres disciplines artistiques, est un art. Un art exigeant, qui vous donnera beaucoup si vous lui donnez beaucoup en retour.

Parce qu’on vous vend également une pédagogie « innovante », alors qu’il n’y a rien de tel dans les contenus. Vous aurez beau chercher, lorsqu’on veut apprendre à lire, on commence par les syllabes, puis on apprend les mots. Au piano, on apprend à lire la clef de sol et la clef de fa, on fait des exercices de rythme et on s’attaque au répertoire car il y a de quoi faire…vous ne pourrez rien changer à cela. Goûter au répertoire, c’est la seule façon de progresser, même si les approches des professeurs peuvent être différentes dans leur façon de vous expliquer l’oeuvre, de vous orienter dans l’interprétation. Mais sans doute, en disant cela, ai-je innové si j’en crois certains sites, un peu comme M. Jourdain qui ferait de la prose sans le savoir.

Bref, ne vous laissez pas berner et allez à la rencontre des autres, « en vrai », je vous assure qu’on n’est pas toujours déçu.

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