Contre la pédagogie noire

Miller corps ment jamais

Je tiens l’expression d’Alice Miller, grande psychanalyste américaine, malheureusement décédée l’année dernière.

Cette grande penseuse avait fait de la lutte contre la violence éducative le combat d’une vie. Tous ses livres abordent ces questions délicates et j’aurais tendance à les recommander à tous les parents ainsi qu’aux professeurs.

Combien de fois des élèves sont-ils venus me voir en me racontant – pudiquement et douloureusement – à quel point ils avaient été marqués par d’anciens professeurs aux pratiques douteuses?

Voilà pourquoi j’avais envie de vous parler d’Alice Miller qui, disons-le, a changé ma vie.

Le premier livre d’elle qui m’est tombé dans les mains se trouvait dans la bibliothèque de mes parents: Notre corps ne ment jamais.

Alice Miller y analyse nos symptômes, nos maladies, comme une révolte du corps contre les mensonges que nous nous faisons à nous-mêmes (inconsciemment, la plupart du temps). Elle décrypte la souffrance qui ne se dit pas, à travers les exemples de grands écrivains, notamment: Rimbaud, Proust, Joyce, Virginia Woolf.

Elle nous montre surtout à quel point la non-écoute de soi et ce qu’elle appelle nos « sentiments authentiques » – que l’éducation nous apprend souvent à camoufler, ignorer, refouler – a un prix très élevé.

Alice Miller s’est également penchée sur l’enfance des dictateurs. Elle montre comment derrière des « fous » comme Hitler, Staline ou Ceausescu, se cachent des enfants maltraités, voire torturés. Des hommes qui reproduisent à une plus grande échelle ce qu’ils ont eux-mêmes subi dans leur petite enfance. Il ne s’agit absolument pas de les justifier, mais de comprendre, pour ensuite désamorcer.

Ce que montre très bien Alice Miller, c’est la violence faite aux enfants sous prétexte d’éducation. Dans C’est pour ton bienL’enfant sous terreurLa souffrance muette de l’enfantTa vie sauvée enfin, elle n’a de cesse de démonter les ressorts de cette violence « invisible ».

Car cette dernière ne se présente jamais comme telle. Elle se pare du masque de l’éducation et l’enfant, qui n’aura connu que ce système de valeurs, ne pourra pas en prendre conscience. Sauf s’il a la chance de rencontrer des « témoins éclairés » ou de faire un travail sur lui qui l’empêchera de reproduire ce qu’il aura vécu, enfant.

J’en viens à l’enseignement: quelle meilleure opportunité pour un prof qu’un élève craintif pour déverser sur lui ses frustrations? C’est la situation idéale, car elle replace l’élève dans une situation de dépendance, comme lorsqu’il était enfant. En ce sens, il dotera facilement son prof de super-pouvoirs dont lui-même se croit dépourvu…

J’adhère donc complètement à ce que dit Alice Miller, elle qui fut mise au ban de la psychanalyse américaine car finalement, elle dénonçait des choses peut-être trop dures à entendre…surtout pour des psychiatres qui ne souhaitaient pas perdre leur pouvoir de soignant tout-puissant et comprendre l’enfant qu’ils avaient été.

L’éducation « idéale », selon elle, serait une sorte d’adaptation qui épouserait le développement naturel de l’enfant. Il ne s’agit pas d’abolir les contraintes, loin de là, mais d’interroger sans cesse ces nombreux principes qui nous gouvernent, malgré nous, et dont nous avons peur parfois d’interroger la pertinence.

J’essaye, pour ma part, de permettre le développement naturel de mes élèves, tâche difficile dans un monde qui prône la performance, la rentabilité, le développement à toute vitesse…

Comment faire comprendre que l’on perd bien plus de temps à vouloir en gagner?

N’hésitez pas à faire un tour sur le site d’Alice Miller qui contient beaucoup d’articles très intéressants. Et lisez ses livres si vous le pouvez, ce ne sera pas une perte de temps.

www.alice-miller.com

 

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