Construire sa voix (et sa voie)

Construire sa voix

M., un nouvel élève très motivé, m’a mis ce livre entre les mains et non contente de l’avoir remercié de visu, je tenais à le faire de nouveau à la face du monde entier.

Si ce livre parle de la voix et de l’apprentissage du chant, les points communs avec la pratique du piano sont nombreux et on ne peut que remercier cette auteure de nous transmettre ses 25 années d’expérience, avec sérénité et générosité.

Je sais déjà que ce livre me travaillera pendant longtemps car il dit des choses essentielles sur le rapport au corps dans la pratique de la musique, la nécessité de « ne rien faire », de lâcher prise afin que la force volontariste et avide de résultat cède le pas à la puissance naturelle.

Elle passe beaucoup de temps à nous faire prendre conscience du fait qu’il faut essayer de vivre sa pratique et de ne plus vouloir avancer à tout prix, obtenir un résultat, aller vite…etc.

« Dans l’esprit taoïste de la non-intervention, j’emprunte aux arts martiaux l’ancrage, qui consiste à s’installer au centre du corps. L’assise ainsi créée permet de redonner à la respiration toute sa place, laquelle à son tour génère un vrai lâcher-prise. La voix devient alors libre et spacieuse. »

Ce message rendu inaudible par la vie quotidienne, le monde dans lequel on vit, est toujours réconfortant à entendre. Il nous donne surtout des clefs pour apprendre à mieux respirer, à s’ancrer dans le sol, à ne plus lutter pour sortir un son mais à laisser faire pour qu’il advienne naturellement.

« Lorsque le corps est ancré, le mental lâche de lui-même et l’énergie vitale peut recirculer. Cette énergie douce est aussi surpuissante, et elle nous est indispensable dans l’acte vocal, particulièrement dans le chant. Elle nous permet de remplacer la force par la puissance, le faire par l’être, la volonté par la conscience. Enfin, cette énergie permet d’expérimenter qu’il est possible de chanter sans effort, de ne rien faire d’autre que de laisser faire. »

Cet ancrage dans le sol est primordial, même pour un pianiste. Sans le savoir, nous luttons sans cesse contre la gravité, ce qui nous coupe de notre énergie vitale, de la vie tout court selon M-J Rodière. Tout comme la respiration que l’on cherche à tout prix à contrôler, à forcer, quand on n’oublie tout simplement pas de respirer, ce que je constate chaque jour chez moi et chez mes élèves.

Là encore, le vocabulaire qui évoque « l’éveil » et « la conscience » n’est pas sans rappeler les notions bouddhistes. Des évidences, peut-être (?), mais difficiles à mettre en oeuvre.

Ce qui séduit également dans ce livre, c’est la perspective de la rencontre avec soi-même à travers la pratique du chant et de la musique en général. Retrouver sa véritable voix / voie, par-delà celle que l’on s’est fabriquée au fil du temps, voilà un chemin vers plus de sérénité, tant pour la pratique que dans la vie de tous les jours.

« Avec le lâcher, la vraie voix apparaît. Celle-ci est liée à la respiration libre et à la mise en résonance du corps grâce à la détente du larynx. Une fois que l’on se libère de toute volonté de faire les sons, ou d’avoir un timbre particulier qui correspondrait à l’image que l’on a de soi, bref dès qu’on laisse le corps générer le son, sans intervention du mental, la voie libérée de toute maîtrise peut enfin trouver son vrai timbre, sa vraie couleur. »

« Lâcher l’écoute de sa voix, c’est lâcher l’idée de résultat et donc d’auto-évaluation. Car l’écoute de la voix est une position mentale incompatible avec la conscience et la présence à l’instant, qui seules permettent à la musique ou à la parole de circuler, de vivre librement à travers nous. »

« La question que tout chanteur devrait se poser est donc : est-ce que je me sers de la musique ou est-ce que je sers la musique? Cet état de non-intervention suppose en effet de ne pas « rouler pour soi », de ne pas utiliser sa voix pour se rassurer, se regarder, bref se « narcissiser ». Cette posture est la seule qui permette de dépasser les contraintes de la volonté-ego, lesquelles ne peuvent que faire entrave à la libre circulation de ce qui doit se vivre. Il ne s’agit donc plus de regarder l’effet produit par sa voix, mais de vivre pleinement ce qu’elle a à transmettre. »

« La vraie interprétation, en voix parlée comme en voix chantée, n’est pas celle que l’on veut, mais celle que l’on vit. »

A lire sans modération.

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